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Charlemagne

Quel Thionvillois n'a pas entendu raconter ou lu les légendes rappelant le passé carolingien de THIONVILLE ? L'empereur à la barbe fleurie aurait enfermé les puces de ses chiens de chasse, ou peut-être une princesse qui mourut dévorée par ces insectes, dans une tour restée célèbre...

Les traditions populaires reposent généralement sur un fond de vérité historique ; dans ce cas, il s'agit. du souvenir des liens étroits qui unissaient CHARLEMAGNE et THIONVILLE. Si son père, PEPIN le BREF, et son frère CARLOMAN, ne séjournèrent qu'une fois à THEODONISVILLA, respective¬ment en 753 et 770, le roi des Francs la gratifia d'au moins six visites.

Durant une dizaine d'années, entre 772 et 783, il vint fréquemment se reposer et chasser dans son palais mosellan qui compte parmi les cinq résidences qu'il fréquenta le plus assidûment. Ses séjours thionvillois furent parfois assez longs, deux mois en 772 et 773, probablement quatre mois durant l'hiver 782-783 puisque le futur empereur de la chrétienté y célébra Noël et Pâques.

Très certainement marqué par le souvenir du décès de son épouse Hildegarde, survenu le 30 avril 783, CHARLEMAGNE ne revint dans notre cité que vingt-deux ans plus tard, de fin novembre 805 à fin février 806.

Durant ses séjours, le souverain accueillit plusieurs ambassadeurs en 773 le légat Pierre, envoyé par le pape Adrien 1er pour demander son aide afin «de délivrer le peuple romain des mains de l'orgueilleux roi Didier» ; en 805 des représentants dalmates, Paul et Donatus - duc et évêque de Zara -, et véni¬tiens les doges Willeri et Paulus, venus se placer sous sa juridiction...

CHARLEMAGNE réunit à THIONVILLE un conseil en 773, et deux assemblées impériales de grands - appelés plaids - en 783 et 806, ainsi qu'un concile durant ce dernier séjour.

Au Beffroi, le tableau qui décore la salle des Capitulaires, rappelle que l'empereur d'Occident promulgua dans son palais des textes de loi. En décembre 805, il publia une ordonnance de portée générale, ou capitulare missorum, composée de décisions à caractères religieux (16 articles traitant des règles de vie pour les clercs, de la liberté de choix pour les jeunes filles désirant prendre le voile, de l'inceste.... et civil (22 articles consacrés aux mesures à prendre en cas de disette au service militaire, au parjure aux conjurations, au faux-monnayage. au brigandage, au mariage...).

L'acte le plus important, pris par CHARLEMAGNE à THIONVILLE reste sans conteste son testament politique, le divisio regnoruni (février 806). «Ne voulant point (...) transmettre ce royaume dans l'indivision et sans règle, comme un sujet de controverse ; mais en partager tout le corps en trois parties, assignant à chacun (...) celle qu'il doit régir et protéger», l'empereur définit selon la tradition franque les territoires revenant à chacun de ses fils, Louis, Pépin et Charles. Ces dispositions ne furent pas appliquées car seul LOUIS le PIEUX survécut et succéda à son père.

De ce palais privilégié, doté d'un port et d'infrastructures suffisamment importantes pour héberger et nourrir la cour de CHARLEMAGNE et de ses descendants, il ne reste malheureusement que les fondations de la Tour aux Puces, qui seraient celles d'une chapelle construite par LOUIS le PIEUX. A moins qu'un jour, une pelleteuse ne fasse ressurgir quelques vestiges de ce passé prestigieux...