La Résistance en Moselle annexée
La situation particulière de l’Alsace-Moselle appelle quelques remarques préliminaires concernant la résistance dans ces départements. La résistance mosellane ne peut être assimiler ou comparer à la résistance dans le reste de la France : il s’agit d’une résistance à l’occupant en territoire annexé.
De ce fait, toute action, même minime, portant atteinte au prestige ou à l’effort de guerre était considérée, non pas comme un acte de résistance mais comme un acte de trahison. La résistance mosellane revêt donc des caractères bien spécifiques. D’ailleurs les premiers actes de résistance sont attestés dès le mois d’août 1940. Mais l’attitude de la population face aux Nazis est un élément important à prendre en considération pour l’étude de la résistance en Moselle.
En effet, ce fut la réponse des Mosellans aux mesures de germanisation.
De plus, la formation de réseaux et mouvements importants est contrecarrée par l’omniprésence nazie et le quadrillage militaire sur le département. Malgré cela on peut dénombrer la mise en place de plusieurs réseaux de Résistance en Moselle :
Dès le mois de juin 1940, se met en place « L’Espoir Français » qui regroupe de jeunes lycéens, rejoints par des apprentis pour la plupart âgés de 17 à 20 ans. Leur but est de s’opposer à l’établissement de la souveraineté allemande en Moselle annexée : diffusion de tracts et transmission de renseignements sur l’activité ennemie. Le groupe est démantelé en juin et juillet 1941, 21 arrestations ont lieu et les membres arrêtés sont jugés par le Tribunal du Peuple de Zweibrucken.
Fondé plus tardivement, à partir de 1942, le « groupe Derhan » ou « Parti de Gaulle », regroupe une cinquantaine d’ouvriers et de sidérurgistes de la vallée de l’Orne. Il tient son nom de son chef, Joseph Derhan ouvrier de Hagondange. Ce groupe, fidèle au Général de Gaulle est très actif de 1942 à 1943 jusqu’à son démantèlement par les Allemands entre janvier et mai 1944. Joseph Derhan, arrêté le 4 janvier 1944 et meurt 10 jours plus tard sous la torture au Fort de Queuleu.
Le groupe le plus important en Moselle est le « groupe Mario » qui tient son nom de son principal chef, Jean Burger alias Mario. On estime à environ 3000 les membres du groupe. Evadé d’un camp de prisonnier, Jean Burger, décide alors de rentrer en résistance et prend contact avec l’alsacien Georges Wodli. Mario recrute ses membres au sein des milieux ouvriers et syndicalistes des chemins de fer, de la sidérurgie et du bassin houiller. L’action du groupe prend des formes diverses : soutien aux prisonniers de guerre évadés, diffusion de tracts et de journaux, actions de sabotages, formation de groupes de combat, préparation à la Libération, etc… Le groupe est démantelé en septembre 1943 par plus de 700 arrestations. Emprisonné au Fort de Queuleu, torturé, Mario est déporté comme beaucoup d’autres membres de son groupe. Il meurt en avril 1945 au cours d’un bombardement.
Au total et selon les travaux de Marcel Neigert, on dénombre 7 761 arrestations dont 1 053 pour « appartenance à des mouvements de résistance » et 164 pour « acte de résistance isolés ».
L’attitude de la population est à prendre en compte, autant que les actions menées par les groupes de résistants.
La majorité des personnes arrêtées connut la déportation, d’autres furent fusillés ou internés. Malgré une résistance armée faible et très différente des autres départements, la résistance mosellane fut très active mais coûta de nombreuses vies.
Nicolas BASSAN, Maître en histoire
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